Michel, ouvre les yeux et rejoins tes camarades...

Publié le par La rédaction

Article paru le Lundi 30 Mars 2009 dans le Courrier Picard
PORTRAIT : Guiniot, le mal au Front

Défait électoralement, exsangue sur le plan financier, en proie à de terribles luttes intestines, le FN n'est plus que l'ombre d'un parti redouté. Michel Guiniot a perdu la moitié de ses troupes à la Région... Il a toutefois conservé son « job » à la direction du parti.
 « Il n'y a pratiquement plus de secrétaires dans la maison... », dit Michel Guiniot, en regardant autour de lui le nouveau siège que le parti a dû prendre à Nanterre. « Désormais, je colle les timbres moi-même ! »

Au moins, le leader frontiste en Picardie, « ami de 20 ans » de Le Pen, régulièrement nommé depuis 1997 à des postes à responsabilités nationales, n'a-t-il pas tout perdu.

Il n'a pas fait partie, lui, de la charrette des cadres du Paquebot - le nom de l'ancien siège du FN - licenciés pour raisons    « économiques. »


Depuis que le Front national a connu la déroute aux présidentielles et aux législatives, son fonds de commerce n'était plus suffisant pour vivre comme avant... « La moitié de l'effectif a été supprimée », rappelle Michel Guiniot. « Et les finances ne me permettent plus de voyager dans les départements comme autrefois. »


« Dans les fédérations pour faire respecter les décisions... »

Mais les ennuis du frontiste isarien ne s'arrêtent pas là. Déjà que depuis les municipales de 2008 il se sentait bien seul à la mairie de Noyon, voilà que la guerre entre partisans de Marine Le Pen et troupes rebelles de Carl Lang a fait exploser son groupe à la Région !

En réaction aux « purges » qui selon eux constituent la marque de la fille du « vieux chef » (Le Pen aura 80 ans en juin), quatre des huit élus frontistes au conseil régional (la « vitrine » du FN en Picardie) sont entrés en dissidence...

« Pendant 10 ans, c'est moi qui ai été dans les fédérations faire respecter les décisions... », se souvient soudainement Michel Guiniot. Comme les temps ont changé !


Le président du FN a beau parler de « rides sur l'océan », ici en Picardie la guerre fratricide entre pro Marine Le Pen et pro Carl Lang est un déchirement.

Le président du groupe dissident - intitulé « Patrie et Liberté », on ne se refait pas ! - n'est autre que Pierre Descaves, 85 ans, ancien de l'OAS. C'est-à-dire le leader historique du Front dans l'Oise, celui qui a donné au FN ses résultats les plus insolents à Noyon.


Descaves : « Il fait ce que son intérêt lui dicte... »

Descaves d'un côté, Guiniot de l'autre. Qui l'aurait cru ? Le premier a tout appris au second, avant de prendre son fils Laurent sous son aile...
« Face à Marine Le Pen qui place ses hommes partout, je reste un homme libre », explique Pierre Descaves. Michel Guiniot, c'est autre chose. Il fait ce que son intérêt lui dicte... »


D'autres ex-FN rappellent que Michel Guiniot croit toujours plus en Jean-Marie Le Pen qu'en sa fille. « En restant à la direction nationale, il fait un choix alimentaire », estiment-ils.


« N'exagérons rien, Le Pen est toujours président jusqu'en 2011 et Gollnisch est toujours là », rectifie cependant un proche du conseiller régional. Dans un parti où on ne pardonne pas la trahison, pas sûr que partir soit la meilleure solution pour faire avancer les choses. »

« Je suis toujours membre du comité central et du bureau politique. Et je n'ai aucune entrave dans mes activités », assure enfin l'intéressé, qui semble tout faire pour éviter les pinces dans le panier de crabes.
 

« Ce sont des récompenses de courtisan »

Alors que la guerre pour les Européennes faisait rage entre Marine Le Pen, qui s'est imposée, et Carl Lang, le député sortant frustré, Michel Guiniot a pris son courage à deux mains pour déclarer : « En soldat politique, je mènerai campagne pour la candidature retenue. » Même en Suisse, on ne fait pas plus neutre !


Dire que Marine Le Pen ne lui en a même pas été reconnaissante ! C'est Wallerand de Saint-Just, secrétaire départemental dans l'Aisne, un fidèle qui a déjà obtenu une place de vice-président au dernier congrès, qui occupera la place de numéro 2 sur sa liste. La seule qui soit, avec la sienne, en position d'éligibilité.

« Ce sont des récompenses de courtisan », ironise un militant. Pendant ce temps, Michel Guiniot, en bon soldat, enchaînait les galettes des Rois avec Marine Le Pen, répétant partout que le parti doit « reconquérir les 83 % d'électeurs du FN qui ont voté Sarkozy à la présidentielle. »


Pour y parvenir, le leader frontiste dans la région ne change pas de discours, surveillant la moindre occasion de salir les immigrés, fussent-ils européens. « Bulgare proxénète, cela paie encore mieux que plombier polonais », déclare-t-il, parce que deux souteneurs de Sofia ont été condamnés à Beauvais.

 

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