LES MÉDIAS POUSSENT-ILS MARINE LE PEN ?

Publié le par La rédaction

 

LES MÉDIAS POUSSENT-ILS MARINE LE PEN ?

LES MÉDIAS POUSSENT-ILS MARINE LE PEN ?

Vendredi 12.03.2010

Daniel Percheron, président de la région Nord-Pas-de-Calais depuis 2001 et tête de liste PS aux prochaines élections régionales prétend dans un entretien donné au site Rue89 que les " médias orchestrent " la campagne de Marine Le Pen.


" Sans le vouloir vraiment, les médias mettent en scène la candidate du Front national. J’ai l’impression de voir la naissance d’une Ligue du Nord sur le modèle italien, avec la mise en scène permanente de Marine Le Pen qui tend à banaliser le Front national, en mettant en avant la silhouette et en oubliant le côté néo-fasciste à la française. Le tout avec la bienveillance des médias. Autant Jean-Marie Le Pen était diabolisé, autant sa fille est valorisée par les médias."

Propulsée sur les plateaux de télé au soir du 1er tour de la présidentielle de 2002, la benjamine des filles Le Pen a toute suite accroché les professionnels de l’info qui ont vu en elle une "bonne cliente". Un physique plus avenant que celui de son père, mais possédant la même gouaille, capable de "casser" son adversaire tout en continuant de sourire à la caméra et aux téléspectateurs, un discours plus lisse, ou plus moderne, enfin du nouveau comme en cherche les chaînes de télé en quête d’audimat. A ses débuts un peu rigide, Marine Le Pen a vite pris ses aises avec les plateaux. Contrairement à son père, elle travaille ses passages et laisse beaucoup moins de place à l’improvisation que celui-ci. Elle est même capable de faire de la com’ bling-bling comme avec la chanteuse Diam’s. Dans un premier temps, il est probable que certains ont parié sur un possible affrontement entre le père et la fille en orchestrant sa monté en puissance médiatique ( cela n’a jamais véritablement réussi, même si des propos du père sur l’occupation ont parfois tendu les rapports, mais jamais au delà du mouvement d’humeur ). En revanche, la prise de poids médiatique de Marine Le Pen a occasionné des dégâts au sein de l’appareil du FN. Jusque-là Marine Le Pen, à part une place de conseiller régional dans le Nord-Pas-de-Calais derrière Carl Lang, avait été cantonnée à la tête du pôle juridique du FN. A partir de 2002 [1] et son irruption réussie sur la scène médiatique, ses bons rapports entretenus avec la presse vont changer la donne et ouvrir des perspectives à la fille du chef.

Aujourd’hui, il est indiscutable que le "Le Pen en jupon" a supplanté son père sur les plateaux et dans les journaux. Entre octobre 2009 et aujourd’hui, elle a été invitée pas moins de 62 fois à la télévision ou sur les radios, deux fois plus que son père sur la même période (31) et pratiquement cinq fois plus que son rival à la succession Bruno Gollnisch (14), même dans les journaux traditionnellement hostiles au Front national les mots restent modérés à son égard.

Daniel Percheron peut de s’interroger sur le " ménagement/management médiatique" dont jouit Marine Le Pen. Si les adhérents du Front national n’ont pas encore choisi le successeur de Jean-Marie Le Pen les médias eux ont, semble-t-il, déjà fait leur choix.


Notes

[1] 2002, elle ressuscite Générations Le Pen une association satellite qui lui permet de se constituer un noyau de partisans séduit par sa "modernité".

2003, congrès de Nice, Marine Le Pen est élue en 34e position au Comité Central. Un affront qui sera lavé le lendemain par son père qui la nomme vice-présidente.

2004, elle quitte le Nord, pour se présenter en Ile-de-France aux Européennes et aux Régionales. En étant élue député européenne et conseiller régional, elle acquiert une légitimité par les urnes, mais en interne ses positions "progressistes" souvent médiatisées ont du mal à passer et les conflits avec la "vieille garde" se multiplient.

2005, verra l’exclusion de Jacques Bompard, la suspension de Marie-France Stirbois et le remplacement, au poste de secrétaire général, de Carl Lang jugé trop conciliant avec les contestataires, par un proche de Marine Le Pen, Louis Aliot chargé de préparer le congrès de 2007 et d’éviter un nouvel affront à Marine Le Pen. Un demi succès puisque Marine n’arrivera, malgré la modification du mode d’élection du Comité Central, qu’en seconde position derrière son rival Bruno Gollnisch, ce qui n’empêchera pas toutefois celle-ci, malgré l’échec de la présidentielle dont elle était la directrice stratégique, de récupérer la plupart des postes clefs de l’"appareil", laissant à Gollnisch la charge des questions internationales et programmatiques du parti.


par Pierre Picace du Nouveau NH

http://www.national-hebdo.net/spip.php?article1173

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