Un front anti-Marine Le Pen qui brasse large à l'extrême droite (Rue 89)

Publié le par La rédaction

Par Chloé Leprince | Rue89 | 30/01/2011 | 11H17

Carl Lang à Matignon en juin 2005 (Charles Platiau/Reuters).

Deux semaines après l'intronisation de Marie Le Pen à la tête du Front national, les adversaires de l'héritière dans les rangs de la droite nationale refusent de faire allégeance. Carl Lang, ancien frontiste qui a quitté le parti il y a deux ans, voudrait les fédérer autour de lui. Il a commencé ce week-end à rassembler des militants d'obédiences diverses dans ce qu'il décrit comme « une maison nationale » ou « un pôle ».

Ce « pôle » n'a pas encore de nom et ne représente pas des dizaines de milliers de militants. Mais il dit le rejet de la nouvelle présidente du FN. Car si la structure est floue, la stratégie est plus précise : cette entente a d'abord une fin électorale et vise à proposer une alternative à Marine Le Pen et les siens dans les circonscriptions. Ceci en vue des prochaines élections : la présidentielle, certes, mais surtout la législative.

Objectif : ratisser large

Bruno Mégret au tribunal correctionnel de Marseille en septembre 2006 (Jean-Paul Pelisser/Reuters).Pour occuper le terrain et empêcher la nouvelle présidente du FN de prendre confortablement racine, Carl Lang a d'ores et déjà lié sa formation (le Parti de la France) à deux autres :

  • la Nouvelle droite populaire (NDP) de Robert Spieler  ;
  • le Mouvement national républicain (MNR) avec une incertitude de casting : Bruno Mégret en reste la figure tutellaire mais avait annoncé sa retraite politique.

Habitué au grand-écart, le maire d'Orange, Jacques Bompard, pourrait aussi en faire partie avec sa Ligue du Sud, confirme Carl Lang. Bompard (actuellement mis en examen pour prise illégale d'intérêts), est certes un ancien du FN comme les personnalités précédemment citées. Mais il a fait alliance pour les régionales de 2010 avec le Bloc identitaire, rabiotant du terrain au détriment de Jean-Marie Le Pen.

Le Bloc identitaire pourrait-il, à son tour, rejoindre Carl Lang ? Peu probable compte tenu des références idéologiques et surtout des codes autour desquels s'articule le nouvel acteur à l'extrême droite. Interrogé par Rue89, Carl Lang n'y serait pas opposé mais botte en touche « parce que les Identitaires n'en veulent pas ! »

Des cadres du FN rejoignent Lang contre Marine Le Pen

Même sans les Identitaires, l'alliance qui se forme autour de Carl Lang et contre Marine Le Pen s'est étoffée ces dernières heures. Les frontistes déçus du scrutin du 16 janvier semblent avoir trouvé une oreille pour leurs frustrations en la personne de Lang. Ce dernier, trente années de militantisme au Front au compteur jusqu'en 2008, y a conservé de nombreuses relations. Y compris parmi les cadres du parti.

Roger Holleindre, l'un des fondateurs du FN, dédicaçait par exemple ses livres samedi en marge de la galette des rois, réunion publique que tenait Carl Lang dans le XVe arrondissement à Paris. Holleindre est un proche de Gollnisch, adversaire malheureux de Marine Le Pen dans la course à la présidence.

Le vétéran Holleindre avait annoncé sa démission du Front le 15 janvier 2011. La présence de cet ancien cadre auprès du Parti de France est donc tout sauf anecdotique et pourrait amorcer un repli des déçus de l'élection de l'ex-« fille du chef » vers un nouvelle formation. Jean-Pierre Reveau, trésorier historique du FN années Le Pen père, était également annoncé à la même galette des rois.

Ces piliers frontistes avaient en réalité entamé le chemin avant ce week-end et même pressé Bruno Gollnisch de faire de même, vigoureusement hostiles à la stratégie audacieuse entreprise par Marine Le Pen.

Pour notre blogueur Jean-Claude Camus, universitaire, Gollnisch a toujours refusé jusqu'à présent parce qu'il a parfaitement intégré les leçons de l'histoire du FN et de ses scissions – nombreuses depuis la création – même, en 1972. Tous les dissidents qui se sont éloignés du Front ont sombré et disparu : il est peu probable qu'en Europe (et a fortiori en France compte tenu du mode de scrutin), l'échiquier politique ménage de la place à un deuxième acteur sur ses flancs droite extrême.

Gollnisch toujours au Front, mais isolé

Contacté samedi alors qu'il se trouvait à Vienne pour un colloque du FPÖ (le parti populiste autrichien fondé par Jörg Haider), Bruno Gollnish n'était pas surpris de cette hémorragie. Il avait plusieurs fois hérité des mandats de Carl Lang au sein du FN et ce dernier dit aujourd'hui qu'ils entretiennent « une relation personnelle suivie ».

Pour l'heure, Gollnisch affirme toutefois qu'il reste (encore) sur la position qui est la sienne depuis sa défaite :

« J'ai dit que je regretterai d'éventuels départs et je continue de le regretter. J'ai perdu cette compétition, je crois qu'il faut maintenant laisser un peu de temps à la nouvelle présidence. Pour l'instant, je reste au Front national. Mais je ne maîtrise pas les intentions de tous ceux qui m'ont soutenu et pour qui j'étais en quelque sorte le “candidat de la dernière chance”… »

 

Marine Le Pen et Bruno Gollnisch après l'élection de Le Pen en tant que chef du FN à Tours le 16 janvier (Stéphane Mahé/Reuters)Combien de temps le parlementaire européen tiendra-t-il sa position d'adversaire en interne ? Parmi ses réseaux, on trouve un certain nombre de personnalités issues de l'Œuvre française, un groupuscule lié à l'OAS.

A Lyon, où Gollnisch fut élu député en 1986 et où il reste conseiller régional, il est soutenu par exemple par Yvan Benedetti. Ce dernier est conseiller municipal de Vénissieux (Rhône) mais il est surtout réputé influent auprès des membres de l'Œuvre, même s'il jure en avoir démissionné.

Benedetti est contre le rapprochement Gollnish-Lang, qui tiendrait du mariage de la carpe et du lapin. Mais tous les partisans de l'Œuvre (un gros demi-millier aujourd'hui, en dépit d'un poids historique moins négligeable) ne sont pas ce cet avis.

Or, dans le giron de l'Œuvre, on lit aussi Rivarol, qui en est même de plus en plus proche. Et il se trouve que cet hebdomadaire, bien que pas toujours amène avec Gollnisch récemment, reste favorable à la stratégie de grande alliance développée par Carl Lang. Rivarol lui donne d'ailleurs une large tribune dans le dernier numéro, sorti le 28 janvier.

Sans Le Pen père, une alliance plus vaste

Avant d'être battu par Marine Le Pen par 68% contre 32% à l'élection du 16 janvier (17 000 votants pour 22 000 inscrits), Gollnisch avait fait campagne pour « la réunion des nationaux ». Et même le retour du dissident Lang et des siens dans le giron frontiste. C'est-à-dire une alliance plus vaste entre mouvements d'extrême droite.

Gollnisch et Lang auraient-ils tenu cette ligne si Jean-Marie Le Pen était resté aux commandes ? Probablement pas, ils le cachent du reste à peine. Carl Lang explique que c'est aussi bien dans « le programme que la personnalité » de Marine Le Pen que lui et ses nouveaux (anciens) amis ne se reconnaissent pas :

« Je ne lui fais confiance ni humainement ni politiquement. Humainement, elle pratique une culture du mépris. Politiquement, elle est pour la sortie de la zone euro alors que je juge moins risqué d'y rester aujourd'hui, même si j'avais fait campagne contre la monnaie unique.

Elle n'a pas prononcé le mot immigration durant son discours d'intronisation et elle fait preuve de pure démagogie dans les dossiers économiques comme les retraites.

 

Son discours médiatiquement compatible est politiquement correct alors que je n'avais pas de désaccords politiques avec son père. »

 

Photos : Carl Lang à Matignon en juin 2005 (Charles Platiau/Reuters) ; Bruno Mégret au tribunal correctionnel de Marseille en septembre 2006 (Jean-Paul Pelisser/Reuters) ; Marine Le Pen et Bruno Gollnisch après l'élection de Le Pen en tant que chef du FN à Tours le 16 janvier (Stéphane Mahé/Reuters)

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